L’histoire du mec qui roule

Oui, sans cynisme ou ironie mal placée. Lui, il roule. Moi je marche.

Moi le fauteuil, je m’y vautre. Lui, il y vit.

Voilà, le décor est planté. J’arrive dans une maison de plain-pied, il m’accueille. Pour tout vous dire, j’ai adoré ses mails, sa façon d’écrire, drôle et lucide, tout ça était follement séduisant. Et j’ai tout naturellement accepté d’y faire un saut.

Bien sûr que j’y vais avec ma bonne intention en étendard. Mais je ne veux pas donner l’impression de faire ma bonne action, supplice suprême -je suppose- quand on est dans un fauteuil. Attirer une fois de plus le regard compatissant de l’humain en pleine possession de sa bipèdie, ça fout les boules. J’imagine le désir, à en crever, d’un jour vivre normalement. J’imagine la rage de savoir que c’est impossible. Vraiment impossible. Et d’endurer la compassion. Tout le temps. La compassion n’a jamais guéri quoi que ce soit.

Je devine que j’ai été maladroite, au début j’ai sauté à pieds joints dans le classique « oh le pauvre », intérieurement. La pathologie est lourde. Vraiment lourde. Elle saute aux yeux et bloque la communication fluide et spontanée. Sa vie est un enfer, mes enfers deviennent une partie de rigolade. Puis arrive vite le « et si j’étais à sa place ? ».

Ben j’aimerais qu’on me parle normalement, pas comme à une demeurée, pas comme à une handicapée.

Mais c’est dur. Parce que le handicap n’a pas atteint le cerveau, mais, entre autres, la parole. Moi j’ai envie de chérir, de réconforter, de l’étouffer de ma gentillesse. De le couvrir de ma vie calme et facile. De le sortir de ses roues pour l’amener à croquer un bout de moi. De ma vie. Si simple. Si banale. Ah ah ah. La bonne blague, on dirait la petite maison dans la prairie mon truc.

Oui mais c’est pas comme ça que ça marche. Parfois on a beau donner tout ce qu’on peut, en face ce n’est pas ça qu’il veut. Ou pas ça qu’il peut vouloir. Non, ce jour là, lui il voulait juste être apaisé. Des douleurs, des à-côtés de sa condition. Des diktats de son corps, un corps prison.

Alors je crois que si j’étais là, c’était pour l’aider à reprendre, pendant un moment, les rênes du cheval qui se cabre. L’obliger à calmer la tempête. Juste en… En touchant. En posant une main. Apaiser ses maux. Vous savez, ces trucs neurologiques qui nous dépassent tous un peu. Son corps prend son indépendance et lui dit merde à intervalles réguliers. Imaginez : vous n’êtes plus que le locataire malmené de votre corps… Et pour faire une trêve ?

Le peau à peau.  Cette arme puissante. Le Hug, le câlin, la caresse. Les peaux qui se touchent. Le contact. L’échange bêtement primaire, si archaïque. Si agréable. Si sensuel.

C’est dur de ne pas tomber dans  la caricature. Je ne connais pas le monde du handicap. Alors je crois que dans les lignes suivantes je risque de m’y vautrer. Désolée.

J’imagine la vie en handicap comme une longue route parsemée d’embûches. Ici la vie est une salope qui vous roue de coups. Les gestes simples deviennent compliqués.

La vie de couple s’envisage mal, en tout cas difficilement (ouais c’est bon on le sait : on connaît tous quelqu’un qui a un handicap lourd et qui est en couple, heureux et avec des bambins barbouillés de confiture. Contre combien qui n’ont pas ca ?).

Alors pas de vie de couple. Un coup d’un soir ?  C’est une plaisanterie…souvenez vous. C’est une pathologie lourde.

Bref. Désert sentimental (mais pas amical !), désert du contact. Par obligation. Mettez de côté le contact du personnel médical svp…

Bon enfin voilà. On a réussi a passer un bon moment, on a jouit. Enfin je crois que c’était un bon moment pour lui. Honnêtement je l’espère. Très fort.

Pour moi c’était… Indéfini. Ouais, un bon moment. Mais qui secoue. Je n’arrive pas à vraiment décrire. Ou si, mais là on entre vraiment dans ma pudeur. La vraie. Pas celle d’entre les cuisses. Ma pudeur de femme qui revit ce moment, avec 1001 questions.

Je suis sortie de là songeuse. Mais alors très très songeuse. Et totalement épuisée.

En plus, je n’ai rien lu sur son visage. Je n’ai rien pu lire. Je n’ai rien lu non plus dans mes mails les jours suivants. Si la reconnaissance est un des moteurs de l’homme, là elle aurait été une béquille. C’est moi qui aurait eu besoin de lire « merci pour ce moment ». Par écrit parce que comme ça les mots ne s’envolent pas.

Un petit mot pour que je sache que je n’ai pas été une pauvre cruche. Une gourde. Une handicapée avec son handicap. Juste pour savoir qu’il a été mieux. J’ai peur d’avoir mal fait. Trop ou trop peu.

Toute ressemblance avec des personnes existantes est non intentionnelle. Et ma foi si ce monsieur se reconnait, sérieux, qu’il m’envoie un mail.

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L’histoire du mec qui veut devenir un homme

Ou l’histoire du dépucelage.

C’est, il parait, aussi un peu notre job, à nous les putes, de dépuceler. Dépuceler les jeunes, les moches, les boutonneux, les timides, les relous, les cons, les associaux, tous ceux qui pour une raison x ou y, n’ont pas trouvé chaussure à leur pied. C’est une drôle d’expression dans ce cas. Je n’aurais pas dit chaussure, ni pied, mais bon, vous comprenez l’image.

Avant il parait que c’était le père qui accompagnait son fils et avec une grande claque dans le dos le jetait dans le monde du vice, siégeant dans un rue au nom évocateur.

Ou alors le père, cet éternel ami, lui donnait les coordonnées de sa charmante préférée en lui recommandant le menu à 10 francs.
Aujourd’hui, les demandes pour un tiers, c’est plutôt pour animer les fins de soirée des enterrements de vie de garçon. Genre de cérémonie pathétique qui consiste à boire – certainement pour oublier – se déguiser – certainement pour donner un air festif à tout ça- et enchaîner une série de rites initiatiques puant la testostérone pré-pubère alcoolisée, ce qui est un très mauvais mélange si vous voulez mon avis.

La nana payée pour l’occasion supporte les remarques lourdes, les mains irrespectueuses (« c’est bon on peut y aller, c’est une pute »), et doit faire bander un futur marié qui explose tous les records d’alcoolémie de la région. Pour le lendemain matin se morfondre dans une culpabilité doublée d’un mal de tête carabiné.
Même bien payé, c’est un mauvais plan. Croyez moi.

Mais revenons à nos innocents. Souvent, il ne dit rien, le puceau, le vierge, l’immaculé client. Il arrive gentil, et puis une fois la capote mise là c’est la cata. Souffle court, très court, et un je ne sais quoi qui met la puce à l’oreille. Il n’a pas le GPS, pas la carte routière, Google Maps rame, il peine à trouver le trou, ses mains ne connaissent pas bien certaines zones, en gros il patauge. Il peut être submergé par l’émotion, ou devenir totalement mutique par exemple. Un autiste du sexe. Trop de choses à gérer en même temps. S’il ne jouit pas en 4 secondes et deux coups de bassin, on a de la chance (je sais bien que beaucoup de dépucelages n’ont pas été si pénibles. Mais moi je vous parle des cas un peu désespérés).

Et le mec est là, devant moi, et je sens bien qu’il aimerait me le dire.

Mon gars, mon chou, mon loulou, dis le moi que t’es puceau. Regarde un peu qui tu viens voir. Pas une nana qui te plait et avec qui tu aimerais faire un bout de chemin, mais une prostituée.

Tu dis bien à ton doc que tu as mal à à la gorge, dis moi que tu as mal à ta virilité, que tu as l’égo dégonflé, et le reste gonflé. Mon biquet, faut le dire. Si ce n’est pas à tes potes ou à ta nouvelle copine, à moi tu peux le dire. Puisque je suis supposée exterminer le secret qui t’habite à coups de … – rien, non, je n’ai rien dit, c’est vous qui l’avez pensé.
Sacrifier sur l’autel de la prostitution ce poids un peu lourd je vois bien un rite genre aztèque, bien gore.

Maintenant que tu as 20/30/45 ans, faut apprendre à communiquer. Et si tu as le courage de me dire que c’est ta première fois, en cadeau Bonux tu auras de la gentillesse,  de la patience et des bon tuyaux pour ne pas trop peiner après.

Je te fais passer du level 1 au level 10 si tu écoutes bien, mon cher petit scarabée. Et ta première fois, si tu me laisses conduire la chose, elle durera nettement  plus de 4 secondes. Si tu me fais confiance, et que tu me laisse piloter.

Mais voilà. Le mec il le dit pas. Il vient, ne moufte pas, boit son café en gambergeant comme un fou à propos de la suite, se fait dépuceler discretos et repart.
Moi je ne lui dis rien, je ne suis pas du genre à m’esclaffer, et dans un rire gras, lui annoncer qu’il fallait me l’avouer, que c’est pas une tare. Le pauvre, déjà qu’il gère mal la situation, pas la peine d’en rajouter une couche.

Alors je fais ça gentiment, souvent il se rebiffe quand j’essaye de lui montrer le chemin du « plaisir partagé ». Pour se donner une consistance, il me joue un remake de porno, le fade reflet de ce qu’il pense être la sexualité.

Vas-y que je t’appuie sur la tête pendant la fellation, et que j’y vais comme un bourrin pendant l’incontournable levrette version porno… (pas la douce et tendre, celle qui fait jouir tout le monde en s’enflammant à la fin de façon totalement torride avec des caresses enflammées et tout et tout et qui m’émoustille juste à l’écrire… Non, lui il veut faire comme dans ses films, un truc à te déboîter les hanches…). Enfin, en 4 secondes.
Il essaye de se convaincre que je suis dupe de son manège. Ou alors il n’en a rien à foutre, il veut juste en mettre dans la capote et se tirer.

C’est un dialogue de sourds. C’est dommage, c’est tellement dommage.

C’est tellement dommage que maintenant je fuis le puceau. Honnêtement, ce sont des rendez vous que je vis mal. En dehors du plaisir pas partagé qui fait partie du job, et que j’assume, je n’ai plus envie de prendre des pincettes et de marcher sur des oeufs pendant un rdv, de contrôler l’incontrôlable, d’être la ceinture de sécurité d’un mec qui ne m’avoue pas qu’il ne sait pas conduire… Plus envie du type qui ne contrôle pas son éjaculation un dixième de seconde et qui se fait surprendre. Moi aussi d’ailleurs, je me fais surprendre, mais je me reçois tout sur le coin du nez, et ça, c’est pas cool.

Quand un gentil puceau pas complètement confit par les pornos me demandera de le guider sur la voie du plaisir partagé, je lui répondrai humblement qu’avec mes petites connaissances je me ferai un plaisir de lui transmettre ce que j’ai appris, ce que m’ont appris tous ses prédécesseurs. On ferait ça en se marrant, et au moment sérieux je serais entièrement tournée vers lui, bien plus encore qu’avec un homme  plus aguerri, avec qui j’essaye toujours de chiper un peu de plaisir ou d’agacer gentiment en faisant traîner la chose.

Voilà, à ces conditions, je veux bien dépuceler. Parce que j’ai envie d’aimer ce que je fais. Sinon c’est du boulot de merde, et je me connais, je vais ruminer ça pendant des jours. Faut que ça soit bien fait, parce que si c’est bâclé, c’est juste mécanique et ça n’en vaut pas le coût. Autant aller voir sa nouvelle copine, lui avouer, et qu’ils fassent ça mal certes, mais avec amour.

Sinon je peux aussi attendre un peu de neige en Juillet, c’est bien aussi.

Au suivant…

PS: Tiens ça me fait penser à mon dépucelage. C’était pathétique. Mais c’était fait en toute lucidité. Mécanique et bâclé, le mec a tiré son coup, en plus sur un canapé branlant. J’aurais pu utiliser une carotte c’était pareil. Je ne suis pas rancunière… et puis c’était juste un dépucelage psychologique. J’ai fait quelques sports qui ne préservent pas l’hymen, étant jeune… si vous saviez par « quoi » je me suis fait dépuceler… j’en ricane toute seule.

Ça y est, ils savent.

Il faut quelques jours pour digérer ça. La stupeur.

Voilà comment c’est arrivé.

Un client que j’avais vu il y a quelques mois, ça devait être le mauvais client. Gentil, mais un peu spécial. Un peu fouineur. A fait croire qu’il allait éteindre son portable dans son sac pour que nous ne soyons pas dérangés. C’est à ce moment là qu’il a dû fouiller dans mon sac, pourtant rangé. Dans mon portefeuille. Dans ma vie. Dans mon intime. D’habitude je jette mon sac près du frigo, dans la cuisine. Bon ça se voit un peu mais faut traverser la pièce et aller le chercher.

De retour chez lui, en une poignée de clics il avait tout. Ma page Facebook du concours de la plus grosse tarte aux pommes, le nom de mes 6 enfants et de mes 2 chiens. ( vous ne voulez pas non plus que je vous dise mon boulot dans la vraie vie, non? Et mon numéro de carte bleue?)

Il n’a même pas essayé de me faire chanter. Non. Il a juste tout balanceé, comme ça : mon site web, les liens avec les revues, tout mélangé, vie privée vie publique, de façon très cliquable pour les proches. Famille, amis.

Méchanceté pure et simple. Gratuite.

Ils m’ont donc vue quasi à poil sur le net, ils ont vu les tarifs. Je suis une des leurs et je suis pute. Je suis leur nièce. Leur petite fille. Leur cousine. Leur pote. Tous, ils ont tout vu, et ils ont tous compris de quoi il retournait (enfin c’est pas difficile à comprendre. Même mon cousin un peu bas de plafond a compris, j’entends d’ici son rire gras, qui fait trembloter son ventre tout gélatineux). Bah oui. Prostituée.

Ce sont des choses qui peuvent arriver. « Les risques du métier ».

J’ai eu droit à beaucoup de réactions différentes. De l’effroi, comment peux-tu faire ça avec ton corps !? De l’indignation, tu es tombée bien bas… Du dégoût, et ça ne te dérange pas de faire « ça » ? Du social, « tu sais si tu étais dans le besoin il fallait nous demander, on t’aurait aidée ». Des longs soupirs.

J’ai été ébranlée (allez soyez sympas, ne faites pas le jeu de mot…). J’ai été sonnée. Ça vous tombe sur le coin du nez un beau matin et tout le monde vous regarde de travers.  Vous n’êtes plus, du jour au lendemain, respectable. Les regards noirs et inquisiteurs, les questions avec la voix qui se casse, les grandes déclarations de trahison, j’ai eu ma dose.

J’ai eu ma dose d’appréhension en voyant apparaître des messages de personnes que je n’avais jamais au téléphone avant. Soudain tous se sentaient investis d’une mission. Me sauver, me tirer de l’enfer dans lequel je m’étais mise, pauvre petite idiote que je suis, pauvre petite chose. Chaque phrase qu’on me disait, je m’attendais à des reproches. Pénible à vivre, croyez moi. Et on ne vous laisse pas le temps de répondre. Parce que même le mot les choque. L’idée les pétrifie. Alors en parler….

Même mon boulanger semblait savoir. Évidemment que non, mais à force, vous virez parano.

Et puis il y a les silencieux. Qui regardent mais qui ne jugent pas, ou moins. Ou vous laissent votre liberté. Peut être parce qu’ils ont consommé, peut être parce qu’elles y ont pensé, ou l’ont déjà fait.

Ils restent cachés dans la meute scandalisée mais leur regard est plus chaleureux. Apaisant. Leur silence est un bras qui se glisse autour de vos épaules.

Je crains fort de ne pas découvrir de collègue prostitué(e) ou de sympathisant dans mon cercle familial et amical. Personne n’est sorti du bois pour dire qu’il /qu’elle en était aussi.

Personnel pour m’avouer d’une voix timide mais complice « tu sais je te comprends mieux que tu ne le penses ».

Soyons honnêtes, les cercles amicaux et familiaux se sont considérablement réduits depuis que ce monsieur vengeur a décidé de ruiner ma vie privée. ( mais vengeur de quoi, bordel !?? Si seulement je comprenais ! )

Aujourd’hui ça va un peu mieux. Je réfléchis à nouveau droit, et finalement j’en suis arrivé à une conclusion simple : « Non, ce n’est pas un boulot comme les autres. Mais s’il est bien fait et dans de bonnes conditions, il est entièrement respectable ». Je n’ai pas eu l’occasion de le leur dire, mais je leur dirai quand je le pourrai. Sans espérer un pardon, parce que je ne me sens pas, ou plus coupable d’une faute. Plus aujourd’hui.

Peut être que je veux rétablir la vérité. Ma vérité. Qu’on ne me censure pas. Qu’on m’écoute. Je ne sais pas si j’y arriverai.

Alors ça va. L’indélicatesse du vengeur masqué a été effacée, du moins je colmate tant bien que mal la cicatrice béante qu’il a laissée. Le grand ménage a été fait dans mes « amis » et ma « famille » .

C’est nouveau départ. Je n’ai plus peur qu’on me balance. Je me suis sentie descendre dans des abysses très très profonds. Là je vois un peu de lumière. Un peu. Laissez moi croire que je suis en plein soleil. J’ai besoin de clore ce chapitre.

Je continue.

Qui m’aime me suive.

Nan je déconne. C’est pas vrai ! Ils croient encore tous que je travaille dans un bureau…

Moi aussi je fais mes répétitions en cas d’attentat !

Allez c’est pour rire !!! Eh oh, ça va, on vient juste de pénaliser nos clients, faut se changer les idées !

« Touché »

L’espace entre ses bras est tiède et doux, protecteur. Sa peau appelle à la caresse. Je l’aime déjà. Il est parti et il me manque parfois un peu. Chronique d’un amour avorté. Non. Mort avant même d’avoir été conçu.

Il entre bruyamment dans ma mémoire, coup de pied dans mon coeur, tout se grave dès les premières secondes dans le livre de contes de mes vieux jours. De ces souvenirs qu’on garde longtemps : la couleur de ses yeux, le premier contact, le timbre de sa voix.

C’est une flèche en pleine cage ! Je titube, ivre et touchée, je tomberai dans ses bras dans quelques minutes, je savourerai la défaite de la raison, qui se laisse dévorer par la déraison.

Ses mots déjà me séduisaient à l’écrit. Le voir me bouleverse. Ses cheveux et sa veste, l’aperçu de sa peau entre les boutons de sa chemise, ses gestes, ses mains : tout suit la courbe de mon désir qui s’affole. Mes digues d’indifférence relative et d’amitié gentille sont rompues.

Je n’ai pas eu le temps, l’envie, entre son mail et sa venue, de mettre la Spéciale : la carapace, l’armure, de fermer la visière du casque, alors je fonds, je me dissous. Je trempe lascivement le bout du pied  dans une forme délicieuse de fantasme avant d’y plonger. Rêver et toucher son rêve, et même, le baiser. Mon désir obèse de lui est immédiatement comblé. Je suis pourrie gâtée aujourd’hui.

Pain blanc.

Le voir boire son café et rire, en me disant que je le déshabillerai.

Alors il est beau, il est chaud, il est loin d’être con, il aime sa femme et ses enfants. Mais là, il est à moi. J’ai dit : à moi.

Chaque seconde transpire la connerie. Il n’aurait jamais dû passer la porte. Il est mon plat préféré, ma musique adorée, je l’admire et il m’embrasse .

Laisse moi lire dans tes yeux mon beau. Que j’y lise ce que je veux lire. Oui, tu vois, toi aussi tu glisses. Je m’accroche à ton cou pour peser et nous faire couler dans l’interdit. Aime moi. Aime moi ! Un peu ! Totalement ! Tu ne m’aimeras jamais plus après, alors fais le maintenant !

J’ai sorti tous mes charmes. Toutes voiles dehors j’avance et vais pirater son navire propret. Je gagne. Nos peaux s’aiment, il le sent. J’ai gagné. Il est à moi, il succombe.

Rhabille toi, on vient de se consumer, consommer. Je ne te supplie pas de revenir ou de ne pas revenir. Ce sera de toute façon moins fort, moins intéressant si tu reviens. Je t’ai eu. Nous le savons. Je te laisse faire le coq. Remets ta chemise, retourne dans ta vie.

Je ne t’aime plus. Tu ris bêtement et tu as un job de pourri. Il ne faut pas rire bêtement quand on a aimé si vite et si fort. Il faut savourer ce souvenir.

J’ai brûlé l’une de mes neuf vies de chatte avec lui. Avec plaisir. Avec surprise.

C’est l’histoire d’un homme fantasme, de billets et d’une femme brasier.

C’est l’histoire du mec qui veut un truc, comment dire…i

Aujourd’hui, entre mon thé et mon premier client, je reçois un mail. Banalités : je m’appelle comme ça, j’ai aimé votre description, j’ai tel âge, je vous raconte ma vie en quelques mots, et puis une phrase que je relis deux fois (la prostitution, cette petite maligne, vous déforme un esprit pur et chaste comme le mien et en fait une machine de guerre côté cul, on arrive à lire du sexe partout.

Une lettre est remplacée par une autre et c’est la catastrophe. Les rites funéraires deviennent des bites funéraires, les douilles des ampoules deviennent… ne dites rien. Et les coups de foudre… je m’arrête là.
Non non c’est bien ça. Les lettres sont les bonnes : on me demande s’il est possible que j’aboie pendant une sodomie.

Bon, j’exagère un peu. Il voudrait une sodomie animale avec des bruits bestiaux, ce qui jusqu’ici ne manque pas de cohérence. Mais en fait, à bien lire, relire et tourner les phrases de sa demande, le doute plane lourdement. Et à mon avis, si vous le voulez, il ne plane plus, le mec, il s’écrase lourdement devant mes yeux. J’ai bien compris, je crois.

Comme ça, dans un mail aussi technique que respectueux, m’indiquant les choses à faire, à ne pas faire. Honnêtement, je ne voudrais pas insister, mais quand je le lis son mail, j’ai vraiment l’impression qu’il veut que j’aboie. Alors là je panique. Aboyer comment, fort ou pas ? Japper, hurler genre loup garou, grogner, baver comme un chien, aussi ? Faut-il pousser le réalisme jusqu’à haleter ? Nan je vous jure, moi ça me provoquerait un eczéma, toutes ces questions, un truc à remettre n’importe quelle certitude en doute. Heureusement que c’est non. Aboyer pendant une sodomie. J’ai une tête à ça ? Pourquoi pas me gratter l’oreille avec mon pied, puisque hélas je ne peux pas remuer la queue ?

La fois d’avant, un autre chaland me priait de bien vouloir prêter ma « fort jolie tête » et si l’envie se présentait « ma fort jolie bouche » pour y accepter le contenu complet (et dûment rempli auparavant) de sa vessie.
Je sais bien qu’on peut survivre en buvant son pipi si on est enseveli 3 jours sous un bâtiment effondré, que bla-bla-bla. Mais là c’est non. Étroite d’esprit, pas conciliante, c’est exactement moi.

Un autre jour, c’était un délire sur les collants. Lécher et embrasser des collants pendant que je les porte. Mes beaux collants neufs que je traîne les longues journées d’hiver sous mes pantalons, mes jolis collants chair qui me cisaillent le ventre ou me le font ressortir façon Bibendum : je me les garde… Indélicate et pas cool, j’ai là aussi dit non.

Plus tard, c’est une demande pour des sous vêtements (fournis) à découper avec des ciseaux pendant que les porte. Je vous passe sur le crime de lèse majesté d’abîmer des sous-vêtements. On passe aussi sur la présence malvenue et même totalement flippante des  ciseaux sur mon corps qui tient à rester en un seul morceau.  Frisant l’intolérance, j’ai rejeté cette proposition.

Tout ça c’est non, non, non.

J’ai néanmoins deux questions.

1) La prostitution serait-elle parfois comme un parc d’attraction, réunissant des personnes en quête à la fois de sensations fortes et de défis un peu cons ? (Oulah ça y est elle a aboyé, c’est le grand frisson !). La réponse est trop longue et je suis sûre que vous avez votre petite idée.

2) Si ces hommes ont vraiment envie de ça, et si ce n’est pas un jeu entre potaches de 17 ans et 3 neurones (avant on insultait dans la rue les grues sans défense, aujourd’hui on envoie des mails cons), ont-ils trouvé quelqu’un pour le faire ? Et si oui : est-ce que c’était aussi bien qu’en rêve, est-ce qu’ils ont eu envie d’aller plus loin : avec une vraie chienne (une vraie de vraie) ou en demandant d’autres cris d’animaux, qui feraient autre chose qu’aboyer… ça pourrait être pas mal en béguetant, carcaillant ou grisollant. C’était la pause culture de ce post. Ne me remerciez pas, votre dictionnaire vous tend les bras. 

3) (oui je sais bien que j’ai annoncé deux questions mais c’était pour savoir si vous suiviez) Pourquoi dans la tête d’un homme, un jour, le collant couleur chair sentant les pieds a une dimension érotique incroyable. On ne va pas rentrer dans la psychologie de bazar (même si je suis ceinture noire), mais quand même.
J’accepte les différences, je suis d’une tolérance à mon avis assez grande. Aussi, hormis la tentation de faire quelques blagues idiotes et de tout à fait mauvais goût, ou même d’écrire une bafouille là dessus, ma curiosité est saine : pourquoi ces hommes demandent-ils ça ?
Ouais ouais : « parce qu’ils ne peuvent pas vraiment le demander à leur femme », c’est niveau collège comme réponse.

Je sais pas vous, mais j’aime bien comprendre ce qui tourne dans le crâne des autres.

Qu’est ce qui tourne dans la tête d’un mec qui veut lécher chaque centimètre de mon corps. J’ai demandé des  précisions : oui oui, chaque centimètre, le lécher. Les pieds, entre les doigts de pieds,les jambes, tout le dos, tout le ventre, les bras, les mains. En gros, ce que j’ai compris c’est : me recouvrir intégralement d’une pellicule de salive.
Vous savez quoi ? Ça sent, la salive, et même, ça pue. Et puis ça sèche. Je suis sure qu’après on a l’impression d’être couverte d’une pellicule de blanc d’œuf séché.

Qu’est ce qui tourne dans la tête de notre lécheur de collants ? Est-ce la sensation, un souvenir qu’on veut voir revenir, un dégoût des peaux nues, une adoration pour le nylon ?

Allez, on a tous des fantasmes. Des petites folies inavouées. Parfois pas plus grosses qu’un doigt dans le cul. Parfois un peu encombrants. Les miens, si je veux les mettre en oeuvre, j’y réfléchis : est-ce que c’est réalisable, techniquement, quel compétence ou capacité faut-il, et humainement, c’est possible ?  Un minimum d’organisation et de réflexion s’impose, bon sang ! De la précision, de l’estimation, de l’audace, de l’héroïsme, et puis bêtement, deux sous de jugeote…

Les estimations de l’Insee en terme de pipotage de fantasme dans les mails envoyés à des prostituées sont estimées à 88%.
C’est beaucoup, aussi je passe 88% moins de temps à y répondre par rapport aux autres mails. Parce que ça ne m’intéresse pas, et que si c’est bien vrai (en uro c’est souvent vrai je pense), ben j’aime pas du tout, et que ça se sait.

Là le mec demande à l’escort la plus classique du bottin et qui l’annonce en toutes lettres, de bien vouloir le traiter de grosse truie immonde, ou de faire mine de l’étrangler, ou lui lacérer le dos… Même si c’est un mail bateau envoyé à 100 adresses différentes, espérant que ça morde… Même si c’est un mail unique envoyé avec ferveur, la jugeote, c’est quand même un truc vachement sympa dans la vie, ça fait gagner du temps.

Je veux bien être infirmière du sexe mais pas commando fantasme.

C’est dommage, j’aurais quand même pu vous raconter comment on encule un mec avec un gode ceinture. C’est pas incroyablement déjanté, mais ce jour là, j’avais dépassé de très très loin les limites que j’allais me fixer juste en sortant de ce rdv.

Bon allez, deux mots quand même. Ça s’est passé assez vite. Dans un hôtel, chambre chaleureuse, et depuis un moment à l’atmosphère moite. Il est arrivé avec un sourire et son jouer. Un de ces moments dans la vie où vous n’avez pas envie de le faire, mais juste pour le souvenir, juste pour se marrer, juste pour l’expérience, vous le faites quand même. Alors j’ai ceinturé autour de ma taille cet attribut masculin.

J’aurais adoré avoir un sexe d’homme. J’aurai adoré prendre une femme et la posséder, posséder le moment, envahir son espace, matou qui prend la minette. Être un homme de temps en temps. J’ai souvent flashé sur des femmes, et fantasmé sur elles sans vraiment oser les toucher. Je suis le timide de la classe, mais je suis la pipelette du groupe. Tout à la fois. Bref. J’aurais adoré avoir un sexe d’homme.

Et là je l’ai eu. Le sexe en plastique. Cet appendice froid et rigide. Un attirail. Un gadget. C’était pas Hollywood. Je l’ai pris, il a fait comme moi quand je me faisais enculer : aïe, pas si vite. J’ai souris, il était à ma place.

Ma maladresse, son inconfort, mon inconfort ? Puis j’ai enlevé mon sexe d’homme. Il a remis le sien, en moi.

Fin de la partie.

La prostitution vous fait pousser des ailes. Une testostérone psychologique. Ou juste une force, bien plus stable que la testostérone. Je ne suis plus une femme prise. Je suis une femme qui prend. Qui prend les hommes, qui prend l’argent.

Je me sens souvent non pas asexuée, mais ni femme ni homme, au sens judéo-chrétien. La possession sexuelle n’est pas celle qu’on croît.

Enfin…

Je vous aime bien, je vous trouve sympa … alors « bonne année », et pour changer : une « bonne santé »…Oui, mais sexuelle !

Le petit Jésus dans la crèche

Alors ça, ça me scie.

Regardez, ça se fait tout seul : sexe, testicules, bite, vagin, vit, couilles, chatte, poils, sperme, cul, trou du cul, lécher, sucer, prendre, baiser…

Bref. On a un paquet de vocabulaire plus ou moins fin pour ça. Pour le cul.

Et voilà l’autre poète qui me sort « j’attends impatiemment de voir ma liqueur dévaler vos collines » 

Non. Hors de question.

Déjà, pour faire dévaler des hectolitres de liqueur sur une colline, il faut se lever tôt. Tout cet alcool gâché !

Et comme c’est juste pour me décrire une éjaculation sur une paire de seins, c’est pas la peine d’invoquer l’anthologie de la poésie. J’ai toujours préféré la discrétion d’un mot timide à la pathétique dérision poétique d’un troupeau de mots maladroits… Surtout que bon, entre nous, des Rimbaud, je ne crois pas qu’on en croise souvent.

J’adore les mails. J’ai l’impression de reprendre mon stylo plume, mes doigts tâchés d’encre et fatigués de la pression du stylo, les papiers plus ou moins glacés sur lesquels les mots pénètrent plus ou moins bien… On s’écrit un peu soi même, plus que par texto ou au téléphone, gêné et surpris par sa collègue dans le local courrier qu’on croyait tranquille pour passer ce genre de coup de fil.

Finalement l’ingrédient pour une bonne entrée en matière, question séduction de prostituée, c’est l’honnête description de sa personne. Oui, c’est une séduction. Enfin pour ma part.

Ouvrir ma porte et mes cuisses réclame de montrer patte un minimum blanche. Pas par snobisme,  plutôt par respect de mes normes de sécurité.  Et puis fanchement, savoir qu’elle  est grosse et turgescente, et qu’elle attend ma chatte ruisselante, ça me laisse de glace. Parce que, comment vous dire, on le sait, à partir du moment où vous en parlez goulument. Qu’elle est grosse et turgescente, et que vous jubilez de votre effet érotique qui, à coup sur, nous ferait de l’effet, et même, nous ferait ruisseler la culotte. Je n’ai encore jamais lu « elle est molle et microscopique » comme mise en bouche pornographique. Mais à coup sûr cela me ferait rire et le 12ème degré est tellement plus alléchant.

Dans le même état d’esprit, on a les traditionnels « je suis infatigable » ou « aimez vous les gros sexes ? »

Non, il ne faut pas demander si on aime les gros sexes. Mais plutôt si on les supporte.

Remettons les pendules à l’heure. Le but de la prostituée n’est pas de se faire perforer le ventre. D’ailleurs, qu’elle soit grosse ou petite, molle ou dure, personnellement je m’en fiche comme de ma première pipe. On est, avec les auteurs de ce genre de discours, dans une relation pornographique qui me ferait jouer un mauvais  rôle, devant le client-mauvais scénariste. Il garde son manteau de certitudes sexuelles, téléguidées et télévisées, cherche à avoir la copie conforme de son dernier film de cul. C’est pas grave si c’est pathétique et tristounet, si la chair est désespérément triste. Il veut son film de boules home made, nom d’une pipe.

Mais de savoir si vous êtes drôle, sympa, à la cool, heureux de passer un bon moment sans vous dire que chaque minute vous coûte – combien déjà ? Ah c’est super cher quand même ! – c’est nettement plus important.

Alors lors de ce premier contact, ne virez pas dans la poésie de pilier de bar, n’essayez même pas. Si vous pensez que c’est beau, envoyez la à un éditeur qui a plus de compétence que moi, qui frémis d’horreur à la première rime, au premier mot forcé de rimer avec son voisin du dessus, à coup de dictionnaire des rimes.

Et de grâce. « Un moment agréable » décrit bien assez la partie de baise endiablée que vous cherchez. Et si c’est pas endiablé ce que vous cherchez, on verra sur place. Pas la peine de nous refaire la géographie de nos orifices.

Puisque le sexe, on maîtrise et on le fait, et même parfois bien, parlez nous d’autre chose. Ça met du gel (lubrifiant) dans les relations.

Bonnes fêtes !
* Ben quoi, le titre, vous comprenez ? ! C’est pas fin mais ça m’a valu un fou rire génial récemment !

Qu’en savez vous ?

« Comment peux tu faire ça ? Tu ne peux pas aimer ton activité ? »

« Un jour tu trouveras un homme qui t’aime et tu quitteras tout pour lui »

« Fais attention, tu vas devenir vieille, seule, sans enfants ni famille et sans le sou si tu ne réagis pas »

« On ne peut pas faire ça plus de quelques années »

« Tu t’autodétruis »

« Ce n’est pas un job digne de toi, c’est fait pour les pauvres filles »

J’en ai entendu des dizaines, des phrases charmantes de ce style. Le bon samaritain qui vient prêcher la bonne parole après s’être vidé les couilles. Comme si j’étais une pauvre petite chose malheureuse délaissée et abandonnée de tous. Quelle connerie.

Comme si je ne voyais qu’eux de la journée. Comme si mon cerveau était uniquement créé pour baiser et ramasser les billets.

Eux qui quelques minutes avant, remerciaient tous les dieux de la terre d’avoir trouvé une escort sympa et pas con, qui n’arnaque pas, qui aime sucer et rire, qui fait plus l’amour qu’elle n’ouvre les cuisses passivement. À présent que la vague de reproduction est passée, ils inversent la vapeur. Comme si j’étais coupable de leurs envies. Comme si leurs envies n’existaient que parce que je me proposais de les satisfaire.

Comme si un obèse reprochait à une boulangerie-pâtisserie d’exister. Ou pire, voulait lui faire arrêter de vendre sa came après avoir, lui , acheté les pâtisseries. Parce que c’est pas bien, ça fait grossir les gens, ces choses-là !!!!

Alors pour effacer leur culpabilité, ils conseillent, grands seigneurs et bon pères de famille qu’ils sont. Pensant que ma vie n’est sans doute que stupre et billets futiles.

Mais qu’en savez vous ?

Le mythe de la prostituée qui assume sa condition délirante et soit disant rabaissante, un peu rustre, un peu grossière, qui vit pleinement une vie d’homme, jouissant sans honte, aimant, baisant, rotant, pétant, hurlant et engueulant, ça passe, ça se digère moralement bien.

Parce que ça ressemble à la pauvre fille qu’on peut sauver. Et pour faire bonne mesure, elle devrait être au moins un peu frêle et fragile, ou une espèce de pauvre petite chose un peu influençable.

Oui mais, en fait, la pauvre petite chose a le cuir épais : les baisers les mains les sexes et les mots de centaines d’hommes, ça forge. Ça vous déstabilise. Ça vous détruit tous les rêves de chevalier blanc.

Et en fait, même si elle s’affranchit des normes de poupée barbie qu’on connaît trop bien, elle vous séduit drôlement, cette prostituée. Même si elle se doute bien que vous voulez la sauver. Et puis la sauver de quoi au juste ?

Il y en a eu des sourcils levés, des moues dérangées par mes mots, et mes coreligionnaires aussi en ont eu (car je suis loin d’être la seule à boire du malin breuvage de l’indépendance de corps et d’esprit).

Non, la pute indépendante n’est pas celle qui gagne juste bien sa vie et n’a pas d’homme ou de vie ou de famille ou d’amis. Je crois que… l’indépendante, avec son air de défi et son air de ne pas y toucher peut justement conjuguer ce qu’elle veut. Vous lui direz que ce n’est pas une situation banale. Que ça doit être difficile à gérer.

Vous le direz avec un ton honnête, avec le ton des gens qui s’inquiètent qu’on quitte les bonnes grosses ornières habituelles. Et si ça vous dérange un peu trop, vous qui lui en faites part, la prostituée vous regarde droit dans les yeux en souriant gentiment.

Histoire de dire que de vos conneries, elle n’en a rien à foutre.

Elle est majeure et vaccinée. Et que l’heure est finie, d’ailleurs.